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La Prochaine fois, le feu

mise en scène Rosa Gasquet

: De l’intérêt d’entendre la parole de Baldwin aujourd’hui

« Ce qui m’a intéressé chez Baldwin, c’est ce mélange de passion et de lucidité, de rage et de courage. Le miracle c’est que ce jeune homme de Harlem, maigrichon avec des yeux globuleux et une intelligence effrayante, soit devenu l’intellectuel le plus intrépide de sa génération, par l’audace de ses réflexions et le feu qu’il infuse à ses phrases. Je ne sais pas combien de fois, j’ai relu son premier essai « Personne ne sait mon nom ». Sa force réside dans cet effort désespéré de comprendre l’autre. »
Dany Laferrière, auteur de « La Grenade dans la main de ce jeune noir est-elle une arme ou un fruit ? »


« J’ai atteint le point crucial de mon évolution le jour où j’ai été forcé d’admettre que j’étais une espèce de bâtard de l’Occident. Cela signifiait d’une manière subtile que j’avais devant Shakespeare, Bach, Rembrandt, les pierres de Paris, la Cathédrale de Chartres et l’Empire State Building, une attitude spéciale. Ces choses-là n’étaient pas vraiment mes créations, elles ne contenaient pas mon histoire, j’étais un intrus. Mais dans le même temps, je n’avais aucun héritage qui soit utilisable. Il faudrait que je m’approprie ces siècles blancs, que je les fasse mien, sinon je n’aurais pas ma place dans cette structure.»
James Baldwin



Baldwin, une parole forte


Travailler sur l’écriture de Baldwin, et plus précisément sur The Fire Next Time, c’est d’abord entendre une voix qui résonne, comme celle des grands orateurs noirs américains. Comme dans le blues : un homme a vu, entendu, souffert et témoigne de son expérience pour des fins communes. Comme jeune pasteur, puis après avoir quitté l’église comme militant et écrivain, il découvre le pouvoir du verbe et ce que représente d’être « investi d’une parole qui se doit d’être prononcée haut et fort, envers et contre tous ». Très connu aux Etats-Unis, James Baldwin est considéré comme l’un des plus grands écrivains de sa génération. Marqué par la situation des noirs dans son pays, il deviendra une figure importante du mouvement pour les droits civiques sans jamais céder aux visions d’un monde en « Noir et Blanc », en évitant jusqu’au bout tout communautarisme.


En septembre de cette année sortait aux éditions Fayard, Lettre à Jimmy, de l’auteur d’origine congolaise Alain Mabanckou. Sous forme de lettre imaginaire (car Baldwin est mort depuis 40 ans en France), c’est un dialogue que Mabanckou partage avec James Baldwin au-delà du temps et de l’espace. « C’est aux anciens colonisés qu’aujourd’hui tu aurais parlé en particulier cher Jimmy. Parce que ce sont sans doute les seuls qui sont restés sur les quais des gares, bernés, leurrés…» écrit Mabanckou.
Mais il n’est pas le seul à ressentir le besoin de parler à « Jimmy » au point de dialoguer avec lui par livre interposé. L’auteur d’origine haïtienne, Denis Laferrière écrit dans son essai sur l’Amérique : « Baldwin, c’est le plus important, c’est lui qui a tenté de traverser les frontières, c’est le seul qui aurait pu trouver un chemin. Après lui, cela a continué, l’Amérique blanche et l’Amérique noire, deux solitudes. On le voit avec les jeunes rappeurs, pourtant Baldwin les avait prévenu, personne ne sortira tout seul de cette histoire. ».
C’est dire l’exceptionnelle autorité conférée à la pensée de Baldwin. Car, à l’inverse de certains discours d’auteurs, d’orateurs et d’essayistes noirs américains des années 60, la parole de Baldwin par sa lucidité, son intelligence, sa transgression permanente des rôles qu’on veut donner au Noir, éclaire les questions les plus actuelles.


Une voix universelle


James Baldwin dit avoir été profondément marqué par un triple particularisme, celui d’être noir, pauvre et homosexuel. Il représente une position particulière, non conforme dans l’univers des auteurs noirs américains. Position qui lui permet de développer une pensée complexe, libérée de tout dogme. La question de l’Autre, de son humanité, et la reconnaissance de l’Autre en soi, est centrale chez Baldwin. En ce sens, bien que profondément critique envers la société blanche américaine, il évitera les amalgames faciles, les tentations manichéennes : « il faut arracher ces masques sans lesquels nous craignons de ne pouvoir vivre » écrira-t-il.


« Parfois je me demande ce que Jimmy dirait aujourd’hui, lui qui avait pressenti voilà 30 ans tellement de choses sur cette société chancelante. J’imagine ses sourcils qui se froncent, questionnant tout autour de lui d’un seul regard avant que la voix ne monte d’un coup, la voix qui chante et qui dénonce avec la violence d’un ouragan pour s’apaiser dans le sourire d’un nouveau né. Baldwin, la rage, l’exigence, la violence de la clarté et la plus grande lucidité. »
David Linx, jazzman

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