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Présentation

Enfant trouvé par un voyageur, la petite Salina est recueillie par le clan Djimba qui la nomme ainsi en souvenir des deux petits ruisseaux de sel qui coulaient sur ses joues. Adolescente, elle aime le jeune Kano, mais c’est à Saro, son frère aîné que le clan Djimba la destine. Contrainte d’épouser celui qu’elle hait aussi sûrement qu’elle aime son frère cadet, Salina est délivrée de son mariage malheureux grâce à… la guerre. Sur le champ de bataille, elle ne porte pas secours à son époux agonisant, ce qui lui vaut d’être bannie de la tribu. Elle abandonne alors son premier fils aux Djimba et s’exile dans le désert où elle donne naissance à un deuxième enfant, qu’elle élève dans la haine de la famille qui a fait son malheur...


Mettre en scène Salina…


C'est refuser encore et toujours
le clivage « naturel » des gagnants
et des perdants, des possédants
et des exclus, des errants
et des « cul-assis » ...
C'est lutter contre toutes les divisions, tous les antagonismes,
tous les communautarismes...
Mettre en scène Salina,
C'est croire en la richesse des divergences, à la complémentarité, à la solidarité...
C'est rejeter la guerre
et l'incompréhension.
C'est croire en toute conviction et saine naïveté que le pardon est la voie nécessaire...
Et qu'un pardon ne peut être
que réciproque !

Vincent Goethals


Un territoire imaginaire…

1. L’univers de Salina est un territoire imaginaire, composé d’éléments appartenant à des civilisations différentes : la tragédie grecque, les terres du désert saharien, l’univers africain de l’épopée... Ce qui m’intéressait, c’était de constituer un espace de la tragédie.
C’est à dire un espace de la fiction.
En ce sens, Salina n’est pas une « tragédie africaine ».
Ce n’est pas la réalité de ce continent qui a nourri l’écriture.
Cette réalité, d’ailleurs, je ne la connais pas.
Salina est une pièce antique.
On objectera que cette antiquité là ne saurait toucher le spectateur d’aujourd’hui. Qu’une pièce traitant d’un mariage forcé n’est pas très actuelle. Le ressort tragique n’a pas d’âge. Sinon aucune pièce antique ne pourrait plus nous émouvoir. Le cœur même de la tragédie est atemporel : le renversement du bonheur au malheur, le combat vain contre les coups du sort, l’aveuglement de l’individu, sa part d’ombre qui le pousse à la démesure...
Tout cela n’a pas d’âge.

2. Je n’ai pas écrit Salina en pensant à ce qui pourrait être réalisable ou non sur un plateau. J’ai écrit ce texte pour justement ne pas me poser cette question. C’est, en ce sens-là, un de mes textes où je me suis montré le plus déraisonnable : une quinzaine de personnage, une histoire en trois parties… Nous sommes dans la démesure.
Je n’ai pas cessé de penser à une phrase de Vitez qui disait :
« Le texte de théâtre n’aura de valeur pour nous qu’inattendu et –proprement – injouable. L’œuvre dramatique est une énigme que le théâtre doit résoudre. »
Je crois profondément à cela.
L’auteur de théâtre n’est pas là pour pré-mâcher le travail du metteur en scène.
Il n’est pas là pour anticiper dans son écriture sur la faisabilité de telle ou telle chose. Il écrit. Au metteur en scène et aux comédiens ensuite, de s’emparer de ces mots et de voir comment les faire sonner et tenir sur un plateau.
Salina n’est pas une pièce impossible à monter. C’est une pièce qui, je crois, nécessite que l’on invente les outils avec lesquels on va s’en emparer.
Je l’ai écrite avec la conviction que le plateau est un espace où tout est possible. Je le crois sincèrement. L’espace nu du plateau contient toutes les réponses. Il n’est besoin de rien d’autre que le corps des comédiens. Leur présence. Et la lumière.

3. Salina est construite sur une alternance de scènes dialoguées et de récits.
Il me semble qu’il y a un charme particulier à faire s’entremêler ces deux genres : le récit et le théâtre.
Que le spectateur soit tour à tour dans le plaisir de l’action et dans celui de l’écoute. Deux temps se côtoient. Celui de la représentation et celui de l’évocation. J’ai essayé de partir à la recherche de cette forme hybride, bâtarde mais riche, que l’on pourrait appeler une épopée théâtrale.

Laurent Gaudé