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Présentation

Note d’intention

Dans une scénographie épurée (régie vidéo à jardin, régie son au fond de la scène, projection d’une image vidéo de taille réduite sur le mur du fond, pôle médical face jardin, une chaise) les interprètes se détachent un à un du public. Cela peut évoquer une réunion secrète face à une situation hostile extérieure connue de tous. Certains se détachent du groupe pour prendre la parole, tenter quelque chose. Les portes sont fermées à clef. Une actrice prend la parole. Il est question d’atteintes faites au corps, d’un vide croissant, d’une prochaine bataille… Chacun peut y reconnaître son combat intérieur, une critique politique ou sociale. Le texte oscille sans cesse entre les extrêmes : chute et envol, abandon et persévérance active, considérations globales sur le cours du monde et sensations intimes.

Le spectacle interroge les formes d’engagement du théâtre et de l’individu face à l’état du monde : militantisme, nihilisme exacerbé ou écriture poétique du côté de la naissance ou la renaissance. Il réunit sur le plateau cinq interprètes (acteurs, danseurs, chanteurs), un musicien (musique assistée par ordinateur et guitare), une vidéaste et un collectif de spectateurs préparés. Le travail des interprètes et des spectateurs préparés est à la fois théâtral et chanté mais aussi chorégraphique grâce à l’intervention d’Isabelle Lasserre, chorégraphe. Chacun peut régulièrement vérifier son état de fragilité ou de force vitale dans un pôle médical composé d’un stéthoscope et d’un tensiomètre amplifiés où les battements de cœur et les variations de la tension sont traduits visuellement en temps réel. Les instruments de mesure médicaux peuvent apparaître comme le thermomètre de la fièvre qui détruit l’artiste autant qu’elle le constitue ou le baromètre d’un malaise social et d’un évidement politique dont le corps porterait les stigmates croissants. Leur sens peut aussi s’inverser : ils témoignent alors d’une force de vie et de poésie.

Alors que les possibilités d’un théâtre militant, incarné par un homme muni d’un porte-voix qui semble vouloir rallier le public contre toutes les injustices et celles d’un théâtre nihiliste incarné par une actrice qui chante sur des airs punk sa vacuité politique comme celle de toute une génération, semblent invalidées, une issue se dessine du côté de la diminution, de l’obscurité et du silence, avant que le pôle médical ne révèle une piste insoupçonnée : repartir du plus petit battement, celui du cœur. Dans le silence, une actrice s’approche du pôle médical. Non seulement son cœur bat mais les pulsations lumineuses blanches qui le visualisent se colorisent jusqu’au rouge et s’animent d’une infinité de points en mouvement. Cela peut évoquer qu’au-delà d’une tendance au renoncement, chacun est animé d’une force de vie, à partir de laquelle une renaissance est toujours possible. C’est ce que tente la dernière partie du spectacle, plus abstraite, minimale et poétique, avant que la validité de l’entreprise ne soit une dernière fois remise en question avec humour et humilité.

Dans la création qui aura lieu à Bordeaux, peu à peu, outre les acteurs de l’équipe, des spectateurs préparés entreront sur scène. Il s’agit là d’un groupe constitué, d’une classe d’étudiants situés dans une même tranche d’âge, vingt ans environ. Regroupés, ils évoquent une génération à venir, au seuil de l’amour, du travail et de la société adulte, une génération politique aussi. Ces étudiants arrivent après la bataille de l’intermittence, dans une situation presque absurde : ils finissent leurs études théâtrales alors que le contexte semble leur interdire l’accès à leur métier. Nous tenterons avec le plus d’attention possible de traduire cette fragilité mais aussi leur force de vie, leur volonté et leur détermination. L’entrée démultipliée d’acteurs et de spectateurs préparés devrait créer un trouble dans le public concernant l’identité des participants : qui est acteur et qui ne l’est pas ?


Processus de création
Phases préparatoires

Le projet, entamé dans le cadre d’un stage interne à la compagnie fin 2004, s’est développé dans différentes versions publiques exploratoires

Janvier 2005 : Version Solo au Molière Scène d’Aquitaine, Bordeaux
Une première version solo de 25 minutes a été jouée par l’acteur Yan Allegret, sonorisée par Michaël Grébil en présence d’images d’Alexandra Mélot. Elle a été présentée deux fois au Molière Scène d’Aquitaine dans le cadre du festival 30’30’’ : Rencontres du court Cette version très épurée, était concentrée sur l’écoute du texte, dit en direct via un micro HF par un acteur longtemps resté longtemps hors de la vue des spectateurs. Sur le plateau, seuls un ordinateur portable sur un bureau et une vidéoprojection sur le mur lointain. Les signes de la théâtralité apparaissaient très progressivement (voix de l’acteur, création sonore à peine audible, images peu à peu visibles, lumières, corps de l’acteur), suggérant un théâtre à venir, une gestation scénique.

Octobre 2005 : Version collective au Forum / Scène conventionnée du Blanc Mesnil
Une forme courte collective de 35 minutes s’est concentrée sur un tiers du texte. Elle réunissait une quinzaine de personnes parmi lesquelles six acteurs, un musicien, une vidéaste, un informaticien, un metteur en scène… Cette création constituera la colonne vertébrale de celle à venir. Elle a été présentée dans le cadre du Festival Temps Danse d’automne, pour 2 représentations aux studios Langevin du Forum / Scène conventionnée du Blanc Mesnil

6 au 11 mars 2006 : A Confluences organisation d’un stage de création et sensibilisation ouvert à tous (professionnels et amateurs) visant la préparation d’un collectif de spectateurs parisiens qui seront invités à infiltrer les représentations en mai.

17 au 28 avril 2006 : Accueil studio à la Ménagerie de Verre pour les répétitions réunissant l’équipe et les spectateurs préparés.

2 au 23 Mai 2006 : résidence de recherche et d’expérimentation au Molière Scène d’Aquitaine / Présentation publique les 22 et 23 mai 2006 à 18h30 au Molière Scène d’Aquitaine.

Cette création accueille un groupe d’étudiants en 3e année de Licence d’arts du spectacle de l’Université de Bordeaux 3 Michel de Montaigne. Ces derniers travaillent au cours de l’année universitaire 2005-2006 avec le metteur en scène Clyde Chabot, le musicien Michaël Grébil et la chorégraphe Isabelle Lasserre puis avec l’ensemble de l’équipe durant la résidence de la compagnie au Molière Scène d’Aquitaine. Par ailleurs le pôle médical sera développé avec de nouveaux outils comme la vidéoprojection d’une goutte de sang observée avec un microscope numérique, la possibilité que des battements de cœur captés successivement s’additionnent sur l’écran pour constituer une sorte de constellation lumineuse, l’interactivité entre le pôle médical, la vidéo et la lumière. Le projet accueille également Isabelle Lasserre, chorégraphe, Laurence de la Fuente, dramaturge, Guillaume Leblanc, philosophe, les conseils d’une infirmière, des assistantes à la mise en scène et dramaturges étudiantes en Master.

24 au 30 mai 2006 : Résidence au Hublot à Colombes. 3 Représentations les 29 et 30 mai